Louis-Philippe Dalpé

Louis-Philippe Dalpé (1919-2011) maire de la Ville de Varennes de 1979 à 1988.

Écouter l'entrevue avec Louis-Philippe Dalpé, faite le 20 mai 2010 par notre société.

Voici un résumé transcrit de l'entrevue:

Louis-Philippe DalpéMonsieur Louis-Philippe Dalpé, cultivateur du rang de la Baronnie et ancien maire de Varennes. Il est venu au monde en 1919, l’année de la grippe espagnole. Il a gradué de l’école de rang de la Baronnie en 1930 au plus fort de la crise économique, en 4ème année. Il mentionne qu’il n’y avait pas d’argent et de possibilités. Son père se nommait Zénophile et sa mère Régina Brodeur.

«La terre appartient aux Dalpé depuis toujours, de génération en génération. C’était de la bonne terre grise. À l’époque on cultivait du foin, du grain et on faisait du jardinage. Il n’y avait pas de troupeaux comme aujourd’hui. On avait 5 vaches à lait, 3 petites taures, des chevaux (3) pour atteler les voitures, des poules». Ils étaient 6 enfants. Il a hérité de la terre de son père et l’a vendue à son garçon. Il l’a cultivée pendant 50 ans. En 1939, ils avaient acheté une terre à bois dans la 4ème concession avec une cabane à sucre.

Il est allé à l’école de rang de la Baronnie. «C’était une belle école mais les châssis étaient hauts, on ne pouvait pas voir dehors. La première maîtresse d’école a été la femme d’Adrien Provost, Rose-Blanche Lavallée, de la Côte, rang de la Côte, bas de la paroisse. À Varennes, il y avait le Haut et le Bas de la paroisse. Les gens du Haut se pensaient plus fins que ceux du Bas. C’était plus gros dans le Haut. Il y avait aussi le haut et le bas du village. Le bas partait de la Fabrique».

«Pendant la crise, on trouvait à travailler chez les cultivateurs. Il n’y avait pas d’argent, mais on ne le remarquait pas trop parce que tout le monde était pareil. Il n’y avait qu’un riche dans le rang, ils avaient ramassés de l’argent depuis des générations. Eux ne manquaient de rien car ils avaient tout : animaux de boucherie, légumes, etc». Il a travaillé aux semences avec un cheval et un bœuf. Il avait dompté le bœuf lui-même. Les récoltes étaient bonnes même s’il n’y avait pas d’engrais comme aujourd’hui. Les gens allaient au marché Bonsecours, tous les vendredis, en voiture à chevaux en passant par le pont Victoria. L’hiver on passait sur un pont de glace en face de l’église en passant par l’île Ste-Thérèse jusqu’à Pointe-aux-Trembles. Son père vendait des poules en vie un dollar chaque. Il faisait 15 $ par jour. Ça prenait 3 heures ½ pour se rendre en ville.

«Dans le rang de la Baronnie, il y avait un magasin général, Victor Savaria, la beurrerie des Brodeur, une boutique de forge, le père Shapa (Joseph) Beauchemin qui faisait des voitures et ferrait les chevaux. Les Beauchemin, père et fils étaient des gens très adroits. Ils faisaient aussi de la construction».

Ils allaient à la messe au village et faire des commissions mais pas plus que ça car ils avaient tout chez eux et ils étaient occupés. Les bouchers et boulangers passaient et prenaient les commandes. Ils avaient leur lait, la crème et faisaient du beurre à l’occasion. Ils faisaient boucherie en décembre et ils conservaient la viande congelée dans l’avoine. Ils faisaient une sorte de carré dans le grain et y déposait la viande.

M. Dalpé s’est marié en 1949 avec Jeanine Geoffrion de Varennes. Il est venu au village en 1982 habiter dans les logements près de l’aréna qui porte son nom parce qu’il aime aller voir les jeunes faire du sport.

Il a d’abord été conseiller municipal de la paroisse. Ils faisaient des réunions dans l’école Labarre et auparavant à la salle St-Louis. Un marguiller a décidé un jour de vendre la bâtisse.

«En 1972, il y a eu la fusion avec le village. Premièrement, c’était à cause de l’aqueduc car le village avait besoin d’argent pour agrandir l’usine de filtration vu que le village se développait au plan résidentiel». Eux de la campagne, venaient chercher l’eau en voiture à l’usine pour le bétail car leurs puits de surface de maison n’étaient pas suffisants.« L’été ça allait mais l’hiver, c’était difficile car l’eau gelait dans les robinets des tonneaux d’eau».

Quand il a lâché la terre, il avait un troupeau de 60 têtes de vaches laitières.« Dans ce temps-là tous les cultivateurs avaient des vaches laitières. Aujourd’hui, il n’y en a plus, les cultivateurs font du maïs et du soya».

Il est devenu maire en 1980 jusqu’en 1988 après avoir été conseiller sur le nouveau conseil de ville. À l’élection de 1972, il se présentait contre un M. Quintal du village. L’élection a été très serrée. Il a gagné par la dernière boîte de bulletin (celle du rang de la Baronnie). Il n’y a pas eu de frictions entre la paroisse et le village. Les gens se sont habitués à la venue de gens d’ailleurs dont de Shawinigan. Varennes était un village de campagne.

M. Dalpé a vu le développement de la ville. Certaines années, la ville émettait 500 permis de construction. Ils ouvraient une rue et elle était bâtie au bout d’un mois. Le développement résidentiel ne s’est pas fait de façon sauvage Les prix étaient abordables. Les usines payaient 50% des taxes. À cette époque, il n’y avait pas beaucoup d’employés à la ville. Aujourd’hui, il a l’impression qu’il y a plus de «cadre» que de portes.

M. Dalpé a aimé faire de la politique, c’est-à-dire s’occuper des électeurs, les écouter, les rencontrer et répondre à leurs besoins en tout temps; pas seulement pendant les campagnes électorales. Lui, il faisait de la politique pas de l’administration. Il laissait ça aux employés. Des gens l’appellent encore M. le Maire.

De son règne, il se rappelle l’usine de filtration, l’arrivée des services d’eau, la fondation des MRC, il a été le 2ème préfet. Les MRC remplaçaient les Conseil de Comté. Il y a aussi eu la rénovation de l’hôtel de ville. On a gardé seulement les 4 murs de l’ancien couvent des Sœurs de Ste-Croix. Elles avaient eu des offres plus avantageuses que celle de la ville, mais elles ont vendu à la ville afin que ce patrimoine soit conservé.

Le parc Prévert a été fait sur les terrains de la Fabrique que la ville avait acheté. Aussi l’école les Marguerites qui était une 2ème phase après la construction de la bibliothèque. Il a vendu le terrain du CLSC à la demande de Denis Lazure qui était député du comté et ministre du gouvernement de René Lévesque.

Le Tigre géant était la terre de George Beauregard. Il y avait la terre de la Fabrique, des Beauregard, des Choquet, des Vincent et des Messier qui allait jusqu’au village. La rue du Parc marque la fin de la terre de la Fabrique.

Il y avait un comité d’urbanisme auquel les spéculateurs présentaient leurs plans. M. Dalpé se souvient d’un dossier épineux. Il a présenté un dossier en Commission parlementaire à Québec contre la ville de Montréal qui voulait exproprier et transformer l’île Sainte-Thérèse en développement résidentiel. L’Île avait déjà été expropriée et il y avait de la spéculation. On aurait bâti un pont entre Montréal-Est et l’île. M. Dalpé a argué que c’était un domaine seigneurial, une ancienne seigneurie qui avait toujours appartenu à Varennes. Une conseillère, Mme Nicole Jarry avait monté un gros dossier, mais lui s’en est tenu au fait que c’était une seigneurie de Varennes. L’avocat de la ville, M. Conrad Delisle, s’est vanté que le maire Dalpé de Varennes était le seul maire de toute la province de Québec qui avait «planté» le maire Drapeau en Commission parlementaire. L’île est encore cultivée. On peut y accéder plus facilement par le côté nord où la Côte est moins haute.

Il est toujours propriétaire de sa terre à bois et de la cabane à sucre où il reçoit toute la famille même l’été à l’occasion. Ils se rencontrent aussi sur la ferme familiale.

Aujourd’hui quand il regarde Varennes, il trouve que c’est juste assez gros pour que ce soit intéressant. Il ne faut pas qu’il y ait trop de développement sur des bonnes terres arables. Il a trouvé ça très agréable d’être maire de Varennes car c’était son emploi du temps principal.

Diane Bélanger, Ethnologue, le 25 mai 2010. (voir aussi chronique de décès: ===> http://histoirevarennes.ca/deces )